Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 20:21

L'Inde, pays millénaire à la culture immense mais à la saleté repoussante peut être qualifiée du pays des barbiers. Certes, les barbiers ne ne sont pas l'apanage du sous-continent. En effet, le Moyen-Orient regorge de barbiers vous laissant la peau glabre et soyeuse, l'Extrême-Orient possède une réserve de barbiers inépuisable officiant en échoppe ou simplement sous un arbre. Sur cet arbre est alors accroché un miroir face auquel est placé un véritable fauteuil de barbier échappé des meilleurs westerns de John Ford. Mais, l'Inde est véritablement le pays des barbiers, la terre nourricière de leur savoir et de leur inspiration. 

Ils sont partout, ouverts de tôt le matin à tard le soir et sont le dernier refuge des hommes moustachus aux cheveux noirs de jais fuyant le caquetage incessant de leurs épouses ou... désirant tout simplement se faire raser.

 

Cela se passe à Delhi, mais l'endroit importe peu. Il est tard et après avoir couru la ville avec le Lonely Planet à bout de bras (vous vous souvenez, la bible du voyageur stéréotypé et estampillé aventurier hors des sentiers battus), il est temps  se poser. Et quoi de plus agréable à l'heure où les loups se confondent avec les chiens que d'aller se faire raser ?

J'opte pour l'un des deux barbiers dans la rue poussiéreuse de l'hôtel . rue  dont les devantures de magasins, restaurants et autres est périodiquement arrosée afin d'éviter que la poussière ne s'insinue de partout. Mais, peine perdue, le combat est perdu d'avance car sous un soleil de plomb, l'évaporation fait rapidement son chemin et bientôt la ruelle est de nouveau sèche. Alors, la poussière peut se soulever dès qu'un véhicule emprunte l'artère et voler vers de nouvelles aventures dans les intérieurs.

 

Le salon est constitué de trois fauteuils revêtus d'un skaï rouge patiné par le temps auxquels font face trois miroirs rectangulaires individuels chacun enchâssé dans un cadre de bois. Entre les miroirs, des étagères sont rivées au mur et regorgent de crèmes, mousses et autres lotions capillaires. 

Dans le coin, en hauteur, trône un télé branchée sur un sitcom indien, le genre de sitcom avec rires obligatoires revenant toutes les 20 secondes. Cependant, ces rires ne paraissent pas forcés puisque nos barbiers rient à l'unisson le coupe choux tressautant dans leurs mains tout en glissant sur une joue couverte de mousse. Cela n'inspire pas confiance pour ma jugulaire qui se contracte mais, Indiana Jones des temps modernes en quête de nouvelles aventures, je ne peux reculer. Alors, sur un signe du maître-es-rasoir, je prends place dans le seul fauteuil libre.

 

Une serviette à la couleur indéfinissable est nouée autour de mon cou afin de me protéger des éventuelles éclaboussures puis le barbier me pose une question. Devant mon air ahuri, il me la repose cette fois en désignant successivement une bombe de mousse à raser puis un tube de savon à barbe. Je suis indécis mais, devant son air insistant, je me décide pour la valeur sure, à savoir la mousse à raser. Il pose alors sur la tablette faisant face au fauteuil tout le matériel dont il usera pour venir à bout de ma barbe drue. C'est d'abord la bombe de mousse, puis un coupe-choux dont le couteau est en fait une demi-lame de rasoir (cette demi-lame est changée à chaque client), un pulvérisateur rempli d'eau et un quart de feuille de papier journal. Ah, le papier journal dont le pays fait une consommation immodérée et qui sert à tous les usages, en l'occurrence à essuyer la lame chargée de mousse et de poils après chaque passage sur la peau.

Un bon rasage ne peut se faire que sur une peau propre. Aussi, les premiers instants de la séance sont-ils consacrés au nettoyage du visage. Cela étant fait, la peau est rincée, séchée puis à nouveau humidifiée pour une meilleure application de la mousse à raser. La peau est alors longuement massée afin que la peau soit au maximum assouplie avant de recevoir quelques noix de mousse à raser. Nouveau massage pour une application uniforme de la mousse et le rasoir est dégainé entre deux rires suite à une situation cocasse du sitcom.

 

Le rasoir crisse et se fraye un chemin sur ma joue. Il s'arrête soudain et va s'alléger de son surplus de mousse usagée noircie par les poils sur le papier journal. L'opération se répète et se répète. Parfois le coupe-choux suspend brusquement sa course le temps d'un éclat de rire avant de repartir à l'attaque de contrées encore vierges. 

Lorsque le premier passage est terminé, une seconde session débute. Le rituel est identique sauf que la peau n'a plus à être préalablement nettoyée et qu'aucun massage préalable n'est prévu au programme.

Lorsque ma peau est à nouveau glabre, assouplie par de multiples poudres et crèmes, la séance n'est pas terminée car vient alors le temps du massage crânien.

 

Le barbier se munit alors d'un étrange appareil constitué d'une plaque sous laquelle ressortent quatre ou cinq demi-billes. Des lanières permettent une fixation sous la paume de sa main. Et soudain, l'appareil s'anime et se met à vibrer.... Ce masseur-vibreur sillonne alors ma boîte crânienne par de longs mouvements appuyés. La sensation est bizarre ; tout d'abord l'appui prononcé du mouvement est dérangeant puis la gêne s'estompe pour laisser place à une relaxante sensation. Mais déjà, le massage cesse et la réalité revient prendre pied par l'intermédiaire d'un billet de 50 roupies.

 

See you next time in an other town.

 

 

 

 

Par elkhiki - Publié dans : Inde mai 2011
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Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 22:32

Il est près de minuit, la nuit est déjà bien avancée et petit à petit le bruit s'estompe et fait place à un silence tout relatif mais... relativement silencieux. Progressivement, tout le monde trouve sa place : les plus chanceux, passagers uniques de leur banquette/couchette et les moins chanceux, allongés par terre près des toilettes ou sur les plateformes de raccordement des wagons. Entre ces deux extrêmes, toute une variété de situations s'offre aux regards : une mère partageant sa couchette avec ses deux jeunes enfants tandis que le père jouit en bon patriarche d'une banquette pour lui seul, un gamin partageant contre son gré sa couchette avec une multitude de cartons et de sacs ne lui appartenant pas, deux adultes occupant entièrement l'espace d'une seule et même couchette en essayant tant bien que mal de trouver la position la moins inconfortable possible.

 

Bercé par le lent rythme monotone et monocorde du train, le sommeil s'invite mais... le contrôleur également. Il est facile à reconnaître : c'est le seul individu mâle à porter un costume et une cravate dans cette moiteur. Signe de son importance, il détient d'immenses listings de noms, de places attribuées qu'il coche scrupuleusement après avoir contrôlé chaque billet. Signe de son importance dans cet univers de sleeper class, il allume les différentes lumières mais bien entendu ne les éteint pas. Il serait curieux et intéressant de voir comment cela se passe en première classe. Le mépris est-il le même où des marques élémentaires de respect du sommeil des gens sont-elles présentes ?

 

Quatre heure quarante cinq (oui, j'ai bien dit 4h45), des cris fusent dans le wagon et ces cris se succèdent et se déplacent. Les gens se tournent, se retournent sur leurs couches, ouvrent un oeil puis un autre avant finalement de se redresser. Le point du jour arrive à grand pas et les premiers vendeurs ambulants commencent leurs rondes sans fin. A cette heure-ci, c'est café et thé, plus tard cela sera encore café et chai, puis de la nourriture indienne c'est à dire une sauce épicée avec quelques comestibilités prenant un malin plaisir à s'épanouir dans cette sauce, puis once again café et thé, puis des friandises, puis des livres, puis des couvertures ou des bâches pour dormir par terre, puis des boissons, puis des fruits, puis des parapluies, puis des serviettes, puis des briquets ou des porte-clefs puis de yaourts, puis des repas, puis des..... et ainsi de suite tout au long de la journée jusqu'à environ 22 heures. Il est donc impossible de mourir de faim ou de soif dans un train indien. Heureusement que les cafés proposés sont à la mode indienne c'est à dire au lait (comme le thé d'ailleurs) et ne sont pas hypercaféinés car sinon, chaque voyage serait synonyme d'excitation maximale et de nuit gâchée et il n'y a pas besoins de ces artifices pour ne pas tutoyer réellement Morphée.

Suprême honneur, nous avons non seulement droit aux ambulants de la Indian Railway reconnaissables à leurs chemises à carreaux et à leurs badges mais également aux ambulants non officiels reconnaissables à tout le reste. Ces derniers embarquent à chaque halte (et ces arrêts sont nombreux) et tentent de vendre le maximum de marchandises avant de descendre à la prochaine halte. Aussi, pendant ce laps de temps ils sillonnent les wagons. Et l'on assiste à de véritables embouteillages lorsque quatre vendeurs ambulants se retrouvant dans une même zone déjà encombrée de voyageurs, de cartons ou de sacs désirent se diriger dans des directions opposées. C'est alors un ballet de contorsions, d'invectives (car il ne faut pas paraître aux yeux extérieurs comme étant celui qui laisse sa place), d'escalades sur les cartons, de marchandises passant à bouts de bras pour finalement se dégager de la mêlée. Remarquez cela serait beaucoup plus simple si un ou deux ambulants effectuaient un pas en retrait pour laisser le passage. Mais crime de lèse majesté que je profère ici-bas....

Ce ne sont pas les seuls à sillonner les wagons. Outre les patrouilles de sécurité, uniformes kakis et chargeurs engagés dans leurs vénérables mitraillettes à l'allure patinée par le temps, de nombreux mendiants profitent de cet univers clos pour glaner tout et rien, un petit peu de tout étant nettement plus appréciable qu'un beaucoup de rien.

Ils ne sont pas agressifs pour un sou qu'ils ne possèdent pas, se contentant de faire l'aumône auprès de cette assemblée captive et souvent disposée à leur venir en aide. Et oui, ce ne sont pas les wagons de première classe ici. Certains chantent mais la plupart se contentent de psalmodier leur demande d'aide. Dans ces wagons, personne ne les chasse, pas de mépris pour ces exclus, les gens donnent qui quelques piécettes, qui un reste de nourriture alors même que n'est pas ici que l'on trouve les plus fortunés des indiens. Ils repartent donc somme toute avec beaucoup d'un petit peu.

 

La journée se passe ainsi entre somnolence, sustentation, lecture, déambulation, observation de ce qui se passe alentour, clins d'oeil complices avec quelques autres voyageurs et tentatives de discussions avec une bande d'étudiants et d'étudiantes en  « licence ou master banque » s'en revenant de leurs examens de troisième année.

Comme beaucoup, je n'ai pas une grande appétence pour le monde bancaire (pour vous rafraîchir la mémoire, c'est ce lieu où tout salaire doit obligatoirement être versé mais dont le droit d'en disposer nous est facturé ; quelle extraordinaire rente de situation, n'est-ce pas ?) mais je veux bien aller visiter certaines succursales du nord-est de l'Inde d'ici quelques mois. Le conseil bancaire en langue Hindi sera incompréhensible mais il sera dispensé par de jeunes indiennes revêtues de leurs tenues aux couleurs chatoyantes et au physique plus qu'agréable. Au regard du conseil, il n'y aurait finalement pas grande différence avec ce que je connais actuellement. La seule différence, mais différence notable, est que mon conseiller bancaire est un jeune boutonneux dont la vision même (en plus des pseudos conseils) m'ennuie profondément.

Pommettes hautes, yeux en amande, teint de peau plus clair que celui des femmes que l'on croise à Delhi ou en direction du sud, ces jeunes filles sont à la croisée des chemins dans cette région où le sous-continent semble se chercher, et finalement à mesure que les rails s'enfoncent plu profondément vers le nord-est, prend sa décision et amorce sa bascule vers la civilisation tibéto-birmane. Les garçons portent sur eux (ou plutôt ne portent pas) une différence notable par rapport au portrait robot de l'Indien : la fière moustache barrant le visage est absente. Par ailleurs, les corps se font plus noueux mais également plus sveltes.

Les échanges s'effectuent dans une sorte d'idiome spécialement créé pour l'occasion. Une base toute relative en un anglais déjà partiellement indiannisé, des mots empruntés au français ou à quelque langue vernaculaire de la région traversée et le langage universel des gestes et des expressions du visage. Vous ajoutez tous ces ingrédients, vous les mélangez bien, vous les mixez et enfin vous servez cette nouvelle mixture linguistique sans la laisser reposer. Le résultat est parfois surprenant au goût avec juste ce qu'il faut de contre-sens pour relever le plat. Mais, magie de ces langues parfaitement non académiques, des idées passent, des rires fusent, des sourcils se froncent (pas bon en général) puis sur une nouvelle phrase se défroncent (meilleur en général).

 

Et le temps suit son cours, les heures passent et les kilomètres défilent.  

 

Par elkhiki - Publié dans : Inde mai 2011
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Samedi 18 juin 2011 6 18 /06 /Juin /2011 21:19

Résumé de l'épisode précédent : Tac a tac, tac a tac faisait le train. Traduction, le train avait quitté sa gare et faisait route vers les confins de l'Himalaya. Et « beautiful ride » d'Heather Nova (link) résonnait en surimpression du tac a tac. Beautiful ride ? A voir... Mais dans tous les cas un ride différent, étonnant, fatiguant mais dépaysant.

Un couloir traversant de part en part le wagon (exactement comme nos TGV modernes qui ne sont pas forcément à l'heure du fait de « difficultés de gestion de trafic ») ; à ma gauche des carrés pas VIP constitués de banquettes disposées en vis à vis ; à ma droite une autre banquette. Durant le temps du sommeil, qui ne correspond pas forcément à la période nocturne durant ces longs voyages, trois étages de couchettes superposées se constituent dans les carrés ; ainsi un carré contient six couchettes. A ma droite, ce ne sont seulement que deux étages qui voient le jour de la sorte. Aussi, un sleeper class étant constitué de neuf carrés à la suite (du moins je crois), on en déduit qu'il peut héberger 72 personnes. Cela n'est que de la théorie pure et en pratique nous sommes loin de la coupe aux lèvres.

Durant le temps des civilités, les gens prennent place sur les couchettes du bas qui se transforment alors en banquettes. Ces banquettes deviennent alors tour à tour dernier salon à la mode où les potins sont échangés, café, restaurant, salon de lecture ou salle de somnolence et non de sommeil car l'Inde est, comme plein de pays, passée directement de l'absence de téléphones aux téléphones portables. Il semble que tout le monde possède un téléphone portable et que ce monde n'a pas compris qu'il ne sert à rien d'hurler dans un téléphone. Mais, ce syndrome du « raconter son inintéressante vie le plus fort possible en dérangeant au maximum les autres qui se moquent éperdument du fait que les clefs sont désormais rangées dans le bocal à cornichons dans la buanderie » n'est pas l'apanage de l'Inde. Mais, hélas, une des spécificités dans leur façon de parler est de parler le plus fort possible, alors je te laisse imaginer ce que cela peut donner au téléphone où il faut hausser la voix pour que le correspondant situé très loin puisse t'entendre....

Simultanément, la couchette centrale est relevée afin que les personnes assises sur la banquette du bas puissent se tenir droites. Finalement, seules les deux couchettes du haut restent en position « nuit ». L'avantage de bénéficier de ces couchettes est donc indéniable puisque tu peux te prélasser pendant de longues heures sous des ventilateurs certes poussifs. Mais, revers de la médaille de ce confort inespéré, tu peux passer ton temps là haut parmi les chiures de mouches sans voir aucun des paysages traversés car les fenêtres sont au niveau de la banquette inférieure. Tu peux également avoir la malchance d'être vraiment malchanceux : ta couchette supérieure que tu as pourtant réservée et que tu te prépares à chérir plus que tout au monde pendant 35 ou 40 heures est détournée de son objectif initial et ne sert qu'à entreposer des cartons, cages, casseroles ou tout autre ustensile devant impérativement être véhiculé sur le même trajet que toi aux mêmes dates que toi. Alors là, si tu te retrouves dans cette situation, tu prends conscience avec une certaine acuité que ton kharma n'est pas arrivé à son dernier stade et que ce n'est pas demain la veille que tu te réveilleras dans la peau d'une vache sacrée. Mais, de mon point de vue, je préfère nettement être une vache pas sacrée du tout mais paissant tranquillement dans les alpages avec une cloche autour du cou (tu sais ce genre de cloches dont le bruit gêne les urbains vacanciers) plutôt qu'une véritable vache sacrée n'ayant pour tout horizon culinaire que les tas d'ordures jalonnant les villes. Mais je le répète ce n'est que le point de vue d'un mécréant (bon ne répétez pas que je suis un mécréant, je pourrais peut être devoir négocier dans quelques années....).

Donc tel est l'horizon qui sera la notre pour les prochaines heures. Cependant, cet environnement ne serait pas complet sans les toilettes situées aux deux extrémités de chaque wagon. Ces toilettes à l'indienne (à la turc comme elles sont appelées à la mode de chez nous) sont un endroit éminemment stratégique durant de tels voyages. Mais il faut avoir le coeur bien accroché car il n'y en a que quatre pour chaque wagon et les gens voyageant dans ces wagons sont nombreux, nombreux. Mais il faut reconnaitre qu'elles sont nettoyées ou plus exactement passées au jet à chaque halte importante ; durant ce voyage, elles seront ainsi lavées trois fois.

Les toilettes semblent être un point de fixation pour nombre de voyageurs, non que ces voyageurs soient mal intentionnés, mais n'ayant pas de places attitrés, ils voyagent par terre, allongés à côté des WC, insensibles aux passages répétés, aux portes donnant sur la voie ouvertes pour jeter les ordures ou pour laisser la fumée des cigarettes s'envoler à l'air libre et à la saleté parfois repoussante de ces lieux. Lorsque ces espaces sont inaccessibles, les moins débrouillards, les moins prévoyants doivent se contenter des espaces de raccordement entre deux wagons. Là tout n'est que bruit, inconfort, passages, portes qui s'ouvrent puis se ferment.

 

To be continued....

Par elkhiki - Publié dans : Inde mai 2011
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Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 20:26

Les « cats and dogs » tombaient et la gare n'était pas la gare centrale mais une gare annexe au sud et il fallait trouver des billets pour New Jalpaiguri et les files de taxis attendaient à l'extérieur et les cris fusaient de toutes parts. Welcome back to Delhi.

Un taxi arnaqueur et direction le tourist board de la gare centrale. Slalom entre les énormes flaques d'eau s'accumulant le long des trottoirs aux bouches d'égouts bouchées avec au passage un lavage automatique, quoique sans savon, de quelques rickshaws et déjà le terme de la course se profile. Tiens il pleut dans la gare. La faune interlope s'abritant tant bien que mal est toujours plus dense et plus denses sont les coups de bâtons des vigiles sanglés dans leurs uniformes kakis cherchant à les déloger.

 

Et soudain, un endroit hors du temps où tout est calme, propre et (presque) ordonné : le tourist board. Quelques discussions feutrées et une queue respectée plus tard, un siège au design épuré (Stark aurait-il réussi à nous emm... jusqu'ici ?) nous accueille face au guichet.

Les seuls billets en quota touriste disponibles pour un départ à 23h00 le jour même sont en sleeper class. Le choix étant pour le moins restreint, la décision est rapide et facile à prendre. Nous allons donc nous engager pour un périple de près de 35 heures sur des banquettes en skaï couleur sale au confort remplacé par, par.... (je cherche toujours le mot pour qualifier ce confort particulier) et à la climatisation avantageusement remplacée par quelques vénérables ventilateurs.

 

Quelques heures plus tard et le moment du départ approchant, nous voici au milieu d'une cohue indescriptible en route vers le quai numéro 2. Un train immense est bien à quai, c'est le notre ; il reste à trouver le bon wagon et ce n'est pas une mince affaire principalement car les numérotations ne sont pas continues !!!! C'est avec une certaine envie que nous laissons les premières, les secondes puis les troisièmes classes AC. Nous voici dans la zone réservée aux sleepers, les vieux wagons ne sont plus éclairés, les listes accrochées aux wagons indiquant les différentes réservations tombent rapidement en charpie sous les assauts répétés et conjugués de la pluie (nos fameux cats and dogs sont toujours parmi nous, oui j'aime bien cette expression) et de la multitude de doigts pointant un numéro de place. La foule est bigarrée et les valises se sont faites rares ; les cartons et les sacs rafistolés ou enveloppés dans de la toile de jute sont par contre bien présents. C'est à croire que tout le monde voyage avec au moins cinq cartons et trois sacs. Le nombre de personnes souhaitant prendre place dans notre wagon (wagon 16) me paraît nettement plus important que ce qu'un wagon peut normalement contenir. 

 

Soudain, les portes des wagons s'ouvrent (mais la lumière est toujours rationnée) et c'est le rush, la grande migration. Tout le monde se pousse, s'invective, enjambe les enfants, les cartons, les batteries de casseroles en inox et se rue vers la place attribuée. Vite, vite, annexer les espaces libres sous les banquettes pour caser un maximum de bagages car sinon tes bagages devront partager ta couche qui n'est déjà pas large. Il faut avouer qu'un lot de casseroles n'est pas la compagnie nocturne rêvée voire fantasmée !!!!

Péniblement, nous nous extirpons de ce flot humain et arrivons à bon port. C'est avec un sentiment du devoir accompli que nous nous asseyons et soufflons. Le répit est de courte durée puisque, magie de l'organisation et de la logique indienne, le numéro du wagon change. Subitement, le wagon 16 devient le wagon 17 et vis versa. Bis repetita, cohue, flot humain.... bonne banquette. Pas de chance, les espaces libres étant tous accaparés, je vais devoir partager ma couche avec mon sac à dos. La lumière nous est enfin offerte et le pressentiment se confirme. Il y a plus de monde que de places, le moindre espace de banquette est occupé et je découvre qu'une banquette prévue pour trois peut largement accueillir six personnes.

 

L'heure du départ se précise, les nombreux accompagnants descendent mais continuent à assiéger le train en parlant, plus exactement en hurlant, aux voyageurs à travers les fenêtres barrées horizontalement de barreaux. Joyeuse cacophonie.

 

Coup de sifflet, tac a tac, tac a tac, le départ a bien eu lieu et le nord-est indien nous attend.

 

Tac a tac

Tac a tac

Tac a tac

Répétitive complainte qui va nous accompagner pendant quasiment 35 heures.

Par Elkhiki - Publié dans : Inde mai 2011
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Samedi 28 mai 2011 6 28 /05 /Mai /2011 07:26

De retour à Jabalpur, qui ne sera (je l'espère) qu'une ville étape sur la route menant à Darjeeling. Et oui, nous fuyons les trop grosses chaleurs (45, 47°C) pour nous réfugier dans la montagne et son climat tempéré. Ce n'est pas pour rien que les anglais avait choisi cette ville comme lieu de villégiatures pendant les grosses chaleurs.

 

Hôtel bruyant, propreté douteuse, climatisation dont le bruit fait penser à un réacteur en pleine poussée lors d'un décollage (de Charybe en Scylla : il faut donc choisir soit transpirer mais dormir du moins un peu soit avoir moins chaud mais avoir mal à la tête avec le bruit et dormir moins qu'un peu), coupures de courant nombreuses et récurrentes, voici un tableau assez honnête de notre nuit à jabalpur. Une nuit et cela sera suffisant ; tiens voilà qui est étrange, il nous est demandé le paiement de deux nuits !!!! Pourquoi ne pas essayer, sur un malentendu il est possible que cela fonctionne.

 

Normalement, les billets de train pour New Jalpaiguri (gare de Darjeeling) auraient du être pris par internet (cf « court métrage ») puis nous être envoyés par mail. Il y a dix jours que cela devrait être fait or rien, no billets, no news. Mais pas de problème, welcome to India the largest democraty in the world, les billets seront apportés au comptoir de l'hôtel ce soir ou demain matin, pas de soucis, ne vous inquiétez pas, on s'occupe de tout. Etrange, étrange, ce ne seraient plus alors des e-billets mais des vrais billets à l'ancienne en carton ou en papier ? Alors que l'agence qui organisait le tour des tigres m'avait affirmé droit dans les yeux « it's already done », rien n'aurait été fait ?

 

Après une nuit éprouvante dans la chaleur Jabalpurienne et le bruit de la rue et la sueur qui colle continuellement au corps, un nouveau jour se lève. Petite balade matinale dans les rues aux alentours de l'hôtel et toujours le bruit, les ordures éparses, les relents d'animaux morts se mêlant à ceux d'urine. Un homme nu dans la rue, serait-ce un exhibitionniste ? Non c'est un pauvre parmi les plus pauvres car il n'a rien à lui uniquement son corps maigre, noirci par le soleil et la crasse. Un choc. Que faire ? Comme tout le monde, faire abstraction de cette vision, faire comme si cela était parfaitement normal et passer son chemin. Une ombre fugitive, juste un fantôme. Pas loin de cette ombre fugitive, trois énormes cochons digèrent à l'ombre d'un mur et à côté d'un tas d'ordures. A l'aune de leur tour de bide, la pitance a du être bonne.

 

Les billets ne sont toujours pas là et je commence à me dire que Jabalpur pourrait bien constituer une étape plus longue que prévue dans ce périple peu organisé. Les billets n'ont d'ailleurs jamais été pris malgré les assurances répétées. Direction la gare. Il est impossible de prendre un billet pour la gare desservant New Jalpaiguri car le train est plus que bondé ; rien à faire, on ne nous laissera pas y monter. La solution alternative est alors un Jabalpur-Delhi puis un Delhi-New Jalpaiguri. Grosso modo, sans compter le temps d'attente à Delhi, 44 heures de train au lieu d'un peu moins d'une trentaine.

 

Nous trouvons ou plus exactement on nous alloue deux billet en AC 3 (ah, vive la climatisation et tant pis pour la planète). Mais le train est également complet et nous sommes sur liste d'attente, la fameuse WL qui normalement ne permet pas d'embarquer dans le train. Cette fois, pas moyen de tout annuler et de prendre un vol pour Delhi avec une compagnie au nom de bière (Kingfisher red fait un peu songer à Desperados red, isn't it ? Et bien, bonne déduction car Kingfisher est un immense conglomérat qui possède, outre une compagnie d'aviation, une brasserie produisant une bière nommée Kingfisher premium). Après des palabres entre Chritransh - pour restituer, le photographe indien qui nous accompagnait sur ses congés maladie (et oui avec un père plus ou moins chef de la police de Bhopal, un oncle médecin, on peut pratiquement tout se permettre - et de multiples autorités de la Indian Railways Jabalpurienne, nous sommes autorisés à monter dans le train. Par contre, nous n'avons aucune place attitrée et nous avons devant nous 14 heures de train.... La nuit risque d'être longue !!!! Pendant deux-trois heures, nous sommes brinqueballés dune place à une autre. La nuit est déjà bien avancée et il va être temps de dormir. Les couvertures, draps et oreillers ayant déjà été distribués (la literie est fournie dans les trois classes AC), les sièges se transforment rapidement en couchettes, les lumières s'éteignent et les heureux propriétaires de billets donnant droit à une couchette s'endorment peu à peu. Nous ne pouvons plus rester dans le compartiment et c'est à regret que nous quittons sa température agréable. Mais il y a souvent une solution et quelques centaines de roupies peuvent améliorer grandement une situation qui s'avérait bien compromise. Pour 300 roupies par personne, le responsable du wagon nous dégote pour chacun un placard dans le couloir près des portes et pas loin des toilettes. Il suffit de vider ces deux placards des draps qu'ils contiennent encore et le tour est joué. Je précise pour les âmes sensibles aux effluves parfois nauséabondes qui peuvent s'échapper des toilettes que celles des AC3 sont propres et, qui plus est, qu'il n'y a aucune personne qui voyage dans ces no man's land que sont les zones près des toilettes ou entre les wagons (où l'on se rendra compte prochainement que cela n'est pas vrai pour toutes les classes). Une couverture sur le fond, un drap par dessus et le lit est préparé. J'avoue que c'est avec un apriori pour le moins négatif que je me plie en quatre et me glisse dans mon placard. Mais au final, je me dois de reconnaître que, certes l'air conditionné est loin, qu'il ne faut pas être très grand et il ne faut pas souffrir de claustrophobie, mais la nuit a été bonne même si à la fin les os trouvaient le placard un peu dur. La température a même été clémente puisque la porte donnant sur la voie était entrouverte.

 

Et déjà, nous voilà à Delhi where it's raining cats and dogs.

Par elkhiki - Publié dans : Inde mai 2011
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